Ritchie Dagonia
Salsa · Guyane · nuits tropicales

Ritchie Dagonia, 20 ans, danseur de salsa en Guyane

Je m'appelle Ritchie Dagonia, j'ai 20 ans et je danse la salsa en Guyane. Salsa cubaine, rueda de casino, salsa en ligne : ce site est mon petit coin pour raconter ce que la danse représente pour moi, la musique qui me fait bouger et les soirées en plein air qui rythment mes semaines.

Soirée dansante en plein air sous des lampions
Vendredi soir, rueda.
Lire mon guide du débutant

D'où me vient la salsa

Tout commence par la musique. En Guyane, la salsa fait partie du décor sonore : elle sort des voitures, des cuisines, des terrasses, des fêtes de quartier. Longtemps je l'écoute sans y prêter attention, comme un bruit de fond agréable. Puis un soir, dans une fête où tout le monde danse, je reste planté dans un coin avec mon verre, et je comprends que je passe à côté de quelque chose. Les couples tournent, rient, se croisent, et moi je bats la mesure du pied sans oser bouger.

Le lendemain, je répète des pas de base, seul dans ma chambre, la musique à fond. Je compte à voix haute, je me trompe, je recommence. Mes premières soirées sont laborieuses : je marche sur des pieds, je perds le temps, j'oublie de respirer. Mais chaque fois que je rentre, j'ai le sourire jusqu'aux oreilles. Aujourd'hui, j'ai 20 ans, et la salsa est ma respiration de la semaine : plusieurs soirs sur la piste, le reste du temps avec la musique dans les oreilles.

La salsa cubaine : casino et rueda de casino

Mon premier amour, c'est la salsa cubaine, celle qu'on appelle casino. On danse en cercle plutôt qu'en ligne : le couple tourne autour d'un axe imaginaire, les figures s'enchaînent en boucle, et tout le corps participe. Le guidage passe par les bras, mais aussi par les épaules, le regard, la poitrine. C'est une danse ronde, généreuse, un peu bavarde, qui colle parfaitement à l'ambiance des soirées d'ici.

Et puis il y a la rueda de casino, mon moment préféré dans une soirée. Plusieurs couples forment une roue, et une personne appelle les figures à voix haute : « dile que no », « enchufla », « dame », « sombrero »… Tout le monde exécute la même chose en même temps, on change de partenaire à chaque « dame », et la roue tourne comme une machine bien huilée. Quand ça marche, c'est magique. Quand ça rate, tout le monde rit, on se rattrape au passage suivant, et personne ne juge personne. La rueda m'apprend à écouter, à anticiper, à rester dans le rythme même quand tout part en vrille autour de moi.

La salsa en ligne, style portoricain

Depuis quelques mois, je travaille aussi la salsa en ligne, celle qu'on appelle souvent style portoricain. Le couple danse sur un rail imaginaire : on avance, on recule, on se croise avec le cross body lead, on tourne, mais on revient toujours sur cette ligne. C'est plus épuré que le casino, plus précis aussi. Les pieds doivent être propres, les tours bien axés, les bras clairs.

Ce que j'aime dans ce style, c'est l'élégance. Je danse sur le temps 1 (certains dansent sur le 2, je n'y suis pas encore), et il y a une vraie place pour les jeux de jambes, les « shines », ces moments où chacun lâche la main de l'autre pour improviser seul face à son partenaire. Passer du casino à la ligne dans une même soirée, c'est comme changer de langue : les mots sont proches, mais la musique de la phrase n'est pas la même.

Les pas de base et le fameux 1-2-3, 5-6-7

La salsa se compte sur huit temps, mais on ne danse que sur six d'entre eux. Trois pas sur 1-2-3, une pause sur le 4, trois pas sur 5-6-7, une pause sur le 8. C'est cette pause qui donne le balancement. Au début, je comptais à voix haute comme un métronome. Aujourd'hui je ne compte plus : je sens la clave, ce motif rythmique qui traverse toute la musique, et mes pieds suivent tout seuls.

Le comptage de la salsa : 1-2-3, pause, 5-6-7, pause Huit cases numérotées de 1 à 8. Les cases 1, 2, 3, 5, 6 et 7 sont allumées, les cases 4 et 8 sont éteintes pour marquer les pauses. 1 2 3 4 5 6 7 8

Le pas de base avant-arrière, c'est la fondation : un pied part devant sur le 1, le poids revient sur le 2, on referme sur le 3 ; puis l'autre pied part derrière sur le 5, le poids revient sur le 6, on referme sur le 7. Ensuite viennent le pas latéral, le pas de côté cubain, le mambo, et tout le reste se construit dessus. Je passe encore de longues minutes à répéter mon pas de base, parce que c'est là que tout se joue : si la base est propre, les figures suivent. Je détaille tout ça, pas par pas, dans mon guide du débutant.

Le guidage : une conversation sans mots

En salsa, je danse le plus souvent en tant que guideur. Guider, ce n'est pas tirer ou pousser : c'est proposer. Une impulsion claire dans la main, un changement de cadre, une rotation du buste, et ma partenaire comprend où on va. Si je guide trop fort, elle se raidit ; si je guide trop mou, elle hésite. Le bon guidage, c'est celui qu'on ne remarque pas.

J'apprends aussi à suivre de temps en temps, et ça change tout : on comprend enfin ce que ressent la personne en face, les indications floues, les mains qui serrent trop, les tours envoyés trop tôt. Depuis, je guide avec beaucoup plus de douceur. Le guidage m'apprend une chose simple : la danse est une conversation, et personne n'aime les gens qui crient.

La musique : son cubain, timba et salsa dura

Sans musique, pas de danse, et j'écoute beaucoup. Le son cubain, avec ses voix qui se répondent et ses cordes qui grattent, c'est la racine : lent, chaloupé, parfait pour travailler le pas de base et sentir la clave. La timba, c'est l'explosion : des cuivres, des breaks, des changements de rythme qui te tirent sur la piste et te forcent à improviser. Quand un morceau de timba démarre en soirée, je ne peux pas rester assis. La salsa dura, plus brute, plus percussive, me plaît pour la salsa en ligne : elle est carrée, puissante, et laisse de la place aux shines.

Je passe beaucoup de temps à écouter des morceaux en boucle pour repérer les instruments : les congas, les timbales, la cloche, le piano qui tourne en montuno. Plus je reconnais les couches, plus ma danse suit ce qu'il se passe, et pas seulement le tempo. Danser sur les cuivres, sur une cassure, sur un silence, c'est ce qui rend une danse vivante.

Mon petit rituel : avant une soirée, j'écoute un morceau lent de son cubain pour me caler sur la clave, puis un morceau de timba pour me réveiller les jambes.

Les soirées en plein air en Guyane

Ce que je préfère, ce sont les soirées dansantes en plein air. En Guyane, la nuit ne rafraîchit pas vraiment : il fait chaud, l'air est humide, et au bout de trois danses la chemise colle. On danse quand même, parce que la chaleur fait partie de la fête. Les enceintes crachent la timba, les guirlandes d'ampoules se balancent, on entend les grillons entre deux morceaux, et parfois l'orage éclate en pleine rueda. Tout le monde court se mettre à l'abri, on attend, puis on reprend là où on s'est arrêté.

L'ambiance est simple et chaleureuse. Toutes les générations se mélangent, on invite sans façon, on se sourit sans se connaître. Personne ne vient pour se montrer : on vient pour danser, transpirer, rire, et repartir avec les jambes en coton. Je prévois toujours deux tee-shirts et une grande bouteille d'eau, et je rentre trempé, heureux, la tête pleine de musique.

Ce que la salsa m'apporte

  • De la confiance

    Avant, je n'osais pas traverser une piste. Aujourd'hui, j'invite des inconnues à danser sans que mon cœur s'emballe.

  • De l'écoute

    Écouter la musique, écouter ma partenaire, écouter ce que mon corps peut ou ne peut pas faire ce soir-là.

  • Des rencontres

    Des gens que je n'aurais jamais croisés ailleurs, avec qui je partage trois minutes de danse et parfois bien plus.

  • De la discipline

    Répéter un pas cent fois, accepter d'être mauvais avant d'être bon, revenir soir après soir.

Et puis elle me fait du bien, tout simplement. Après une soirée, je dors comme une pierre et je me réveille léger, avec un morceau qui tourne encore dans la tête.

Bachata et kizomba, en passant

Dans les soirées d'ici, la salsa n'est jamais seule. Entre deux morceaux de timba, on glisse une bachata, plus lente, plus proche, sur quatre temps, avec ce petit coup de hanche sur le 4 et le 8. J'adore ces moments de pause où l'on danse sans forcer. La kizomba arrive plus tard dans la nuit, quand la piste se vide un peu : très lente, très collée, presque une marche à deux. Je la danse sans prétention, pour le plaisir, mais mon cœur reste à la salsa.

Mes conseils pour se lancer

  • Venez seul ou accompagné, peu importe : en salsa, on change de partenaire tout le temps.
  • Apprenez le pas de base avant tout. Les figures viendront ; la base, elle, reste.
  • Comptez à voix haute au début, c'est normal et personne ne s'en moque.
  • Regardez les autres danser, mais dansez vous-même dès le premier soir, même mal.
  • Portez des chaussures qui glissent un peu, pas des baskets qui accrochent.
  • Souriez, respirez, et rappelez-vous qu'on est là pour s'amuser.

Si vous n'osez pas, sachez que tout le monde a tremblé au premier pas, moi le premier. J'ai rassemblé tout ce que j'aurais aimé savoir le premier soir dans mon guide du débutant : les pas, le comptage, la tenue, l'étiquette en soirée et les erreurs classiques. Lisez-le, puis venez danser.

Ouvrir le guide du débutant
Chaussures de danse posées au bord d'une piste en bois
Avant la première.

L'équipe de Salsa Guyane, l'agenda des danseurs, a fait mon portrait : le lire là-bas.